samedi, 28 mai 2005
Réponse à Marie-George Buffet
Je tiens à mettre en ligne 2 courriers reçus ce matin et envoyés par M. Pascal Hus qui participe activement au débat sur le référendum via Internet.
Voici donc ci-dessous la copie de la réponse de Marie-Georges Buffet à un premier message de M. Hus ainsi que
la dernière réponse de celui-ci à la secrétaire nationale du Parti communiste français.
Réponse de Marie-Georges Buffet (PC) à un premier courriel de M. Hus :
"Monsieur,
J'ai bien reçu votre courriel et vous en remercie. Il m'est difficile de répondre en détail au travail que vous avez produit mais c'est bien volontiers que je peux vous donner dans les quelques lignes qui suivent, les raisons essentielles pour lesquelles j'appelle à voter NON au traité constitutionnel avec bien d'autres responsables ou organisations politiques et sociales en France. Je souhaite souligner en premier lieu que le NON que je formule n'est pas un non à l'Europe mais un non à la façon dont on la construit aujourd'hui, et seulement à cet aspect des choses. Je suis tout à fait favorable à une construction européenne, et je pense que l'Europe est devenue une dimension indispensable à notre avenir dans le monde d'aujourd'hui. Pour moi, l'Europe doit être un projet politique, un projet d'union porteur de progrès social, de solidarités des peuples, d'avancées démocratiques. Je souhaite aussi que l'Union européenne acquière la capacité à être un acteur politique mondial positif face aux enjeux du monde actuel: le développement, la sécurité, la paix, le règlement des conflits, l'environnement, la coopération culturelle. C'est précisément parce que je nourris cette ambition forte pour l'Europe que j'ai choisi d'appeler au vote NON. Des raisons précises me conduisent à ce choix. Le projet de traité constitutionnel, élaboré par une Convention présidée par M. Giscard d'Estaing, présente dans le domaine économique et social des régressions et des dangers manifestes tellement la logique d'ensemble est marquée du sceau du néo-libéralisme, de la pression à la baisse sur les dépenses sociales et publiques, de l'omniprésence de la loi du marché, de la libéralisation qui met en danger les services publics malgré les assurances que l'on nous prodigue oralement.
Il ne me semble pas possible, en effet, d'approuver un texte qui, s'il était adopté, constitutionnaliserait, légitimerait avec solennité l'abandon du projet d'harmonisation des droits et des systèmes sociaux par le haut dans l'esprit d'une dérive de régression sociale déjà à l'ouvre depuis un certain nombre d'années. Je pense que la conception devenue dominante et qui caractérise le projet de Constitution, celle des "normes sociales minimales" est porteuse de reculs graves. Une lecture attentive du texte permet aussi de voir, au-delà des formules séduisantes, les risques concrets de cette régression et la carence d'engagements clairs et précis, ce qui n'est pas le fruit du hasard ou simplement du langage juridique. La Charte des droits fondamentaux, qui ne garantit même pas le droit à l'emploi, n'est pas à la hauteur des enjeux sociaux de notre époque. Elle est même en recul, en bien des aspects, sur la Déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948, et notamment quant aux questions sociales. Je souhaite aussi souligner notre conviction qu'il est temps d'en finir avec les divisions sur le continent européen. C'est possible aujourd'hui: le temps des guerres européennes est heureusement terminé
depuis longtemps. L'élargissement aux pays d'Europe centrale et orientale et aux pays baltes permet une telle perspective. Mais la mise en concurrence des salariés de l'Ouest et de l'Est du continent, l'encouragement néfaste au "dumping social" font naître des tensions sociales, des contradictions nouvelles et n'apportent pas les conditions d'un développement et d'un progrès commun. L'avenir de l'Europe mérite mieux que l'esprit de la directive Bolkestein dont les principes de base (droit d'installation, libéralisation des services, refus de la
convergence des droits sociaux par le haut. associés à l'absence d'harmonisation de la fiscalité) figurent dans le texte même de la Constitution. Enfin, le lien institutionnalisé entre l'Union européenne et l'OTAN, dans le projet de traité constitutionnel, s'il peut recueillir l'approbation de certains pays, notamment à l'Est, ne fera pas l'unanimité des Européens et ne contribuera pas à la définition d'une véritable autonomie politique porteuse d'un rôle original et constructif de l'Europe dans le monde. Je m'oppose à la perspective d'une "Europe puissance" qui serait à la fois la rivale et la partenaire des Etats-Unis dans une Europe sous hégémonie américaine et atlantique. La malheureuse et dramatique expérience de la guerre en ex-Yougoslavie, mais aussi celle de la guerre en Irak, doivent pousser les Européens à rechercher leur pleine indépendance dans un projet politique original. C'est pour toutes ces raisons, trop rapidement explicitées dans le cadre de cette réponse, et pour d'autres encore, que j'appelle à voter NON. Mais il s'agit d'un non constructif visant à réorienter la construction européenne, en refonder les bases. Un grand débat public national et européen est nécessaire pour cela. Je me réjouis que ce débat puisse avoir lieu dans notre pays, en dépit des inégalités de traitement médiatiques qui nuisent à la compréhension des enjeux et des argumentations, en particulier de l'argumentation qui accompagne le NON de gauche favorable à une grande ambition européenne. Je souhaite préciser, en effet, que si le non l'emporte, ce qui est fort possible, il n'y aura ni crise institutionnelle ni arrêt de la construction européenne. Un NON français créerait une nouvelle situation politique et une dynamique en Europe pour une renégociation, pour une remise à plat de toutes les grandes questions. Les autres Etats membres seraient obligés de prendre en compte les raisons du choix français. Il est d'ailleurs possible que se dessinent des majorités pour le NON dans d'autres pays que la France.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
Marie-George Buffet"
Réponse de M. Hus à Marie-Georges Buffet :
"Madame,
En réponse à vos arguments, tout d'abord une question :
Toutes les critiques que vous adressez à l'encontre de ce Traité, pourquoi ne les avez-vous pas formulées durant l'ELABORATION du Traité ?
Que faisiez-vous durant ces 4 dernières années ?
N'étiez-vous pas au courant qu'un Traité était en discussion ?
Je fais partie des 700 000 personnes à avoir consulté en ligne les travaux de la Convention.
Pourquoi n'avoir pas alerté l'opinion publique à ce moment-là ?
Ou bien à l'occasion de la conférence inter-gouvernementale qui a modifié le projet de la Convention ?
Pourquoi n'avoir pas proposé avec toutes les forces progressistes d'Europe (ou ne serait-ce qu'avec seulement les partis communistes européens) un AUTRE Traité ?
Des propositions concrètes ?
En les faisant ratifier par l'ensemble de vos militants européens, quelle force et quelle crédibilité vous auriez donné à vos propositions.
En critiquant, et en semblant découvrir, le Traité Constitutionnel 2 mois seulement avant sa ratification, et alors que 10 pays déjà l'ont ratifié, permettez-moi de vous dire que votre attitude est irresponsable !
Politiquement irresponsable !
Ensuite, vous affirmez que le Traité Constitutionnel "présent dans le domaine économique et social des régressions".
Comment pouvez-vous dire cela sans rougir ?
Alors que la Confédération Européenne des Syndicats, à une très large majorité, appelle à voter OUI.
Alors qu'une partie du NON européen est porté par des libéraux, notamment britanniques et tchèques.
Alors que jamais, JAMAIS, dans un texte européen n'avait été reconnu avec force juridique le droit de grève, le droit à la protection en cas de licenciement injustifié, le droit syndical ...
Que ce Traité n'aille pas assez loin en matière sociale, bien des citoyens le pensent.
Mais dire, ou laisser penser, qu'il est pire que le Traité de Nice, c'est un mensonge éhonté !
Enfin, vous misez sur une "dynamique en Europe pour une renégociation" si le NON passe.
Qu'en savez-vous ?
Auriez-vous des dons divinatoires ?
Là encore, laisser croire aux gens qui vous écoutent et vous font confiance que le NON sera forcément porteur d'une renégociation elle-même porteuse d'améliorations est un MENSONGE. Un MENSONGE !
Vous ne savez pas et vous ne pouvez pas savoir ce qui se passera le lendemain du NON.
Et si, d'aventure, le NON passait, suivi d'une renégociation, imaginez un instant que la renégociation aboutisse à un Traité pire que celui qui nous est actuellement proposé.
Imaginez que ce nouveau projet n'inclut pas la Charte des Droits Fondamentaux (rejetée par le Royaume-Uni en 2000 et qui pourrait très bien revenir sur cette concession qu'ils ont faite pour ce Traité), les responsables de ce recul MONUMENTAL seraient ceux qui appellent aujourd'hui à voter NON. Vous !
Ils porteront l'ENTIERE responsabilité de ne plus voir la Charte incluse dans le nouveau projet, et ils ne devront en AUCUN cas accuser les Britanniques d'être revenus sur ce qu'ils ont mis longtemps à accepter.
Les politiques appelant au NON devront ASSUMER leurs responsabilités, ce recul, et reconnaître qu'ils ont fait ECHOUER ce rêve de rendre cette Charte des Droits Fondamentaux constitutionnelle.
Et là, vous aurez des comptes à rendre à tous les Français pour les avoir privés de cette Charte des Droits Fondamentaux constitutionnalisée.
Vous porterez alors une très lourde responsabilité.
Cordialement,
Pascal HUS."
http://hus.pascal.neuf.fr
PS de l'auteur du blog :
Je souhaite simplement rappeler à Madame Marie-George Buffet que son parti, le PC, est lui-même en réalité divisé sur le référendum de dimanche 29 mai.
En effet, les sections communistes des DOM-TOM appellent à voter "oui" !
19:11 Publié dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note



Commentaires
très belle argumentation,
Bravo,
nicolas
Écrit par : nicolas cadène | jeudi, 26 mai 2005
Vos arguments sont ridicules, ad hominem et fondés sur tout autre chose que la lecture critique du TCE.
Ce n'est pas par ici qu'on pourra trouver des argumentaires intéressant : ça pue les professionnels de la politique qui ne parlent qu'entre eux...
Sortez un peu discuter avec des vrais gens !
Écrit par : ANSE | samedi, 28 mai 2005
quels sont les tiens d'arguments ANSE ?
qu'est ce qu'ils disent les "vrais gens" ???
est ce que ce n'est pas toi qui fait de la critiques ad hominem en disant : "a pue les professionnels de la politique qui ne parlent qu'entre eux..."
l'insulte, rien de plus.
je suis affligé.
vous vous décrédibilisez tous seuls.
Écrit par : machinchose | samedi, 28 mai 2005
ANSE, tu est des plus méprisantes et des plus méprisables.
Sais tu quoi que ce soit des vies à qui tu fais tes reproches pitoyables et "petits" (ceux qui votent "oui" et qui lisent ou participent à ce blog) ?
Comment peux-tu juger ainsi ?
Et quels sont, toi, tes arguments si percutants, puisque ceux du "oui" sont ici tous "ridicules" ?
Quelle est ta soi-disant "lecture critique" de la Constitution (puisqu'il ne s'agit ici que de ça) ?
Fais-tu plus partie des "vrais gens" que nous ?
Signifies-tu qu'une chômeuse (avec enfants) comme moi ne puisse pas voter "oui" demain ? (car je vais voter "oui")
Franchement, tu joues le jeu des plus intolérants et des plus sectaires que je connaisse.
J'ai presque envie de te dire, tu n'es qu'une m.... mais ce serait vulgaire et surtout je tomberai dans ta pitoyable manière de faire.
Janine
Écrit par : Janine | samedi, 28 mai 2005
bravo pascal , je pense à fond comme toi! voici une réflexion qui me vient depuis cette campagne:
C'est curieux: chaque fois que je parle à un partisan du non, ou à un indécis qui y penche, je lui pose la question suivante: quand es-tu allé dans un pays européen pour la dernière fois? vous devinez la réponse de loin la + fréquente? et oui: "Jamais, ou il y a très longtemps..."(ce n'est d'ailleurs pas une question de moyens...)
Et oui, les voyages forment la jeunesse...on y apprend la tolérance, on lutte contre le chauvinisme. Je suis d'origine portugaise, j'ai la culture française, mon mari est moitié italien-j'ai des enfants européens, avec 3 cultures!!!Je vous le dis haut et fort: l'Europe est un merveilleux continent riche de cultures, de paysages de gens différents mais tous si profonds...Ne gachons pas ce rêve de solidarité, déjà en marche depuis tant d'années...
Écrit par : elsa | samedi, 28 mai 2005
Bravo Elsa !
vraiment c'est un beau message !
Écrit par : edouard | dimanche, 29 mai 2005
Bonjour
j'ai lu les messages de M Hus. Certes de message de Marie Georges Buffet n'est pas un modèle mais la réponse de M Hus n'est pas vraiment convaincante non plus, ni constructive (au niveau des arguments). En fait Marie George voit un peu midi à sa porte et M Hus lui reproche cela.
Par exemple :le reproche aux tenants de non de n'avoir rien fait pendant les 4 ans. Je le rencntre assez souvent Admettons, mais je rappelle que le PS avait émis 7 exigences en oct 2003 (si mes souvenirs sont bons sinon c'est 2004) qui me plaisaient bien et que ces 7 exigences ont été bien vite oubliées => pourquoi ce changement ? pas de réponse claire à ce jour.
Cela sous entend "parce que vous n'avez rien dit ces dernières années, alors vous ne pouvez pas dire non" Dans ce cas, alors à quoi sert ce référendum ?
Bien sur, il est regrettable (surtout pour un parti politique cela dit si les politiques pro oui avait dès le début fait oeuvre de conviction et non au dernier moment .....)de se "réveiller au dernier moment" mais le principe d'une consultation est tout de même de pouvoir se réveiller et cela a pas mal marché pour cette élection
Autre exemple : "Là encore, laisser croire aux gens qui vous écoutent et vous font confiance que le NON sera forcément porteur d'une renégociation elle-même porteuse d'améliorations est un MENSONGE. Un MENSONGE !" Ouh là le terme mensonge est caricatural. Elle ne dit pas que le NON sera porteur mais plutôt que cela créerait etc. Mr HUS peut penser qu'elle rêve mais pas qu'elle mente. En suivant son raisonnement, on peut aussi dire que beaucoup de partisans du oui de gauche mentent aussi. NON, ils espèrent ou rêvent que le TCE est un premier pas vers des lendemains qui chantent. Ils parlent simplement d'un espoir (Il ne faut imaginer que Sarkosy, s'il vient un jour au pouvoir appliquera le TCE dans un sens social). Le TCE est un outil à double tranchant et dire oui ou non à ce traité est aussi à double tranchant.
Chacun (oui de gauche ou non de gauche) est porteur d'un espoir et on ne peut pas le reprocher à un camp ou à un autre.
Personnellement, je pense que le TCE nous fige dans un cadre libéral et je ne veux pas que la porte soit fermée à d'autres possibles donc je vote non. Nicolas ne pense pas que ce cadre soit politique et croit que le TCE pourra évoluer fortement dans un sens social et donc vote oui (je simplifie un peu)
Qui a raison (Nicolas, Marie George, M Hus, moi, etc..) ? je n'en ai aucune idée. L'avenir le dira ....... peut être
Bon vote
Écrit par : bertrandbreton | dimanche, 29 mai 2005
ce n'est pas faux mais je ne suis pas d'accord avec ta conclusion.
le fait de vouloir un cadre c'est aussi se garantir. Se garantir qu'on aura quand on votera ensuite pour des partis de gauche (si c'est notre bord) que l'on pourra faire quelque chose de mieux qu'il n'est possible aujourd'hui. en ce sens le OUI est moins rêveur il dit seulement le conbat c'est le combat politique normal de demain. il dit si demain vous votez à droite la politique de l'union sera de droite et inversement. Mais au moins il y aura un impact, au moins il y aura ces plus de garantis.
c'est très pragmatique.
le non de gauche dit : on pourra faire mieux la prochaine fois. c'est en ce sens que c'est mensonger. et s'il ne le dit pas il le laisse entendre. c'est au mieux extremement hasardeux quand on considère la couleur politique de l'europe et les difficultés qui ont été celle de la négociation.
enfin bien sur qu'on peut se réveiller au dernier moment. Mais je crois que ce que M. Hus voulait dire c'est qu'il soupçonne Mme Buffet d'être de toute façon contre (ce qui selon moi est dans la logique du PC ou, par exemple de la LCR) il leur reproche de se défaire de la responsabilité politique pour s'inscrire dans une hypothètique posture confortble de combat.
Écrit par : machinchose | dimanche, 29 mai 2005
Je suis d'accord avec "machinchose" et je ne peux laisser dire "bertrandbreton" : "le TCE nous fige dans un cadre libéral" (même si évidemment il peut penser ce qu'il entend).
L'Europe nous a apporté que du bien depuis 50 ans, et l'on sait pertinemment que nous avons obligatoirement besoin de celle-ci pour réguler la mondialisation et les échanges désordonnés (et donc pour préserver l'emploi et la qualité de vie).
Si la France va mal aujourd'hui, cela n'est pas la faute de l'Union Européenne (qui au contraire lui est favorable) mais bien de nos gouvernants qui ne savent pas gérer l'Etat, du moins pas pour l'intérêt de l'ensemble de la population.
L'Europe est le parfait bouc émissaire pour les politiques qui ne savent pas (et ne veulent pas) gérer pour l'intérêt de tous.
Mais là, nous avons tous besoin de cette Constitution (ceux de gauche comme ce de droite) car nous savons que sans une Union forte et efficace, la situation de la France comme des autres Etats membres ne pourra que se déteriorée et aller vers le moins-disant social.
Il faut absolument plus d'Europe !
L'Europe est pour nous, jeunes générations, notre seule espérance 'ou presque) pour un monde plus équitable.
Alors ne la lachons pas.
Enfin, arrêtons de penser "français" et de croire que l'Europe est libéral avec une vision française qui oublie que l'Europe est un mélange subtil et censé d'une multitudes de pensées sociales, économiques, culturelles, etc.
Votons, mais votons en tant que citoyens EUROPEENS !
Merci à tous pour votre participation à un débat démocratique et honnête, notamment via ce blog.
Nicolas Cadène
Écrit par : Nicolas Cadène | dimanche, 29 mai 2005
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