mercredi, 18 mai 2005

Le mensonge de la révision impossible une fois le traité adopté

Le traité constitutionnel serait "quasi impossible à modifier" selon certains et donc son contenu serait "gravé dans le marbre". Vérifions les textes.

Voici la procédure pour les traités existants et pour le texte proposé:

Pour info, le terme "consultation" dans les lignes suivantes comme dans les traités correspond à une sollicitation d'avis, sans engagement ou obligation de tenir compte de l'avis obtenu.

A) Traité sur l'Union Européenne actuellement en vigueur (suite au Traité de Nice) - Art 48
1. proposition de gouvernement national ou Commission au Conseil
2. décision du Conseil (consultation du Parlement Européen et éventuellement de la Commission)
3. si OK, conférence inter-gouvernementale (consultation éventuelle de la BCE)
4. si OK, ratification par les Etats

Les étapes 3 et 4 sont décidées à l'unanimité.

En pratique, pour les 2 dernières évolutions, une Convention rassemblant des représentants des gouvernements, des parlements nationaux, du PE et de la Commission a été convoquée entre l'étape 2 et l'étape 3. Décision par consensus.

B1) Traité constitutionnel - Art IV-443 - procédure normale
1. proposition de gouvernement national, Commission ou PE au Conseil qui transmet au Conseil Européen
2. décision du Conseil Européen (consultation du PE et de la Commission, éventuellement de la BCE)
3. si OK, Convention décidant par consensus, sauf si "l'ampleur des modifications ne le justifie pas" auquel cas on passe directement à l'étape 4 (décision du Conseil Européen)
4. si OK, conférence inter-gouvernementale
5. si OK, ratification par les Etats

---> c'est le même processus qu'actuellement, mais le PE peut faire des propositions d'évolution et la Convention est officialisée.
Ce n'est pas plus compliqué qu'aujourd'hui.

B2) Traité constitutionnel - Art IV-444 - procédure simplifiée n°1
S'applique aux procédures de vote de la partie III. Pour un domaine ou un cas d'action donné, permet:
a. de remplacer le vote à l'unanimité du Conseil par un vote à la majorité qualifiée
b. ou de remplacer la procédure législative spéciale (Conseil seul) par la procédure législative ordinaire (co-décision Conseil + PE)

1. proposition de décision du Conseil Européen (unanimité)
2. vote du PE (majorité simple)
3. si pas d'opposition des parlements nationaux sous 6 mois, décision adoptée

---> processus beaucoup plus rapide et simple qu'actuellement. Ca suppose bien sûr l'unanimité, puisque c'est un abandon de souveraineté supplémentaire des Etats.

B3) Traité constitutionnel - Art IV-445 - procédure simplifiée n°2
S'applique aux politiques et actions internes de l'Union (partie III titre III). Permet de modifier le texte sans ajouter des domaines de compétence.
1. décision du Conseil Européen (unanimité) (consultation du PE et de la Commission et éventuellement de la BCE)
2. ratification par les Etats

---> cette procédure permet de modifier par exemple les politiques économiques, budgétaires ou monétaires, dont les objectifs de la BCE. Et ça peut se faire beaucoup plus simplement et rapidement qu'aujourd'hui.

CONCLUSION:
- Le traité constitutionnel peut être modifié par 3 procédures au lieu d'1 seule.
- Ces procédures ne sont pas plus compliquées qu'aujourd'hui.
- Ceci peut se faire plus facilement qu'aujourd'hui pour les politiques internes et les procédures de vote.
- Avec le traité constitutionnel, le Parlement Européen peut proposer une évolution du traité, pas aujoud'hui.
Le processus de révision n'est donc pas la machine à gaz décrite par certains.

Note: certains partisans du non constestent la révision par l'unanimité des Etats. Dans l'état actuel de l'intégration européenne, ça peut sembler toujours nécessaire. Pour construire l'Europe politique, donc démocratiser les institutions et accepter des abandons de souveraineté supplémentaires, il faut l'accord de chaque Etat.

Cf. forum sur la Constitution européenne, "François" (16.05.2005).

Commentaires

ok mais pourquoi ne pas laisser les gens rêver à un monde meilleur ? Un monde où le peuple pourrait choisir sa propre voie même si les politiques estiment que ce n'est pas la bonne ?
Par ailleurs, pourquoi nous proposer un seul projet rédigé en deux ans, je suis certaine qu'il y a d'autres alternatives. Et puis, une Constitution doit venir du peuple et non d'un groupuscule d'ex-pontes de la politique.
Pourquoi s'affronter sur deux mots vides de sens "non", "oui", quelle importance ? Essayons plutôt de redonner aux jeunes l'espoir dans l'avenir et je crois que cette Constitution ne changera pas beaucoup la donne à ce sujet...
La question majeure reste : à qui s'adresse ce texte ?

Écrit par : chevalier_bougnat | lundi, 16 mai 2005

Justement, le traité donnant plus de poids au Parlement européen qui représente les peuples européens, ces derniers pourront choisir plus aisément leur propre voie.

Ensuite, bien sûr, il y a de multiples alternatives, mais il fallait bien mettre d'accord les 25 Etats (et peuples) membres de l'Union.

Et puis cette Constitution ne vient pas d'un "groupuscule d'ex-pontes de la politique" (comme en vient, en revanche, la Constitution française!), il est issu du travail de parlementaires européens, nationaux, de membres des gouvernements, de commissaires, d'un Président (centre-droit) et de 2 vice-Présidents (socialistes), avec la consultation des comités économique et social, des régions, etc.
Enfin, il est clair qu'il faut redonner l'espoir aux jeunes (comme moi d'ailleurs) et ce texte donne en l'occurence plus de poids à la démocratie participative et à une Union politique et non plus qu'économique.
Alors pourquoi dire "non"? Le "oui" est sans aucun doute la meilleure solution pour les jeunes qui veulent exprimer leurs souhaits pour une nouvelle Union européenne.

Écrit par : Jules | lundi, 16 mai 2005

Bonjour,
ce n'est pas inintéressant comme argument mais pour le traité de Nice, on ne m'avait pas demandé mon avis. Pour celui-là oui. Effectivement, on y retrouve beaucoup de chose déjà en place depuis les traités précédents. Est-ce un argument suffisants pour les accepter maintenant qu'on nous donne la parole ? Je ne crois pas ...
Cordialement,

Écrit par : gadjo | lundi, 16 mai 2005

Je suis bien d'accord.
Sauf que ce qu'on trouvait déjà est sensiblement amélioré, même dans la partie III, notamment avec l'insertion de la clause sociale générale qui oblige les politiques européennes à respecter de nombreux objectifs tels que la lutte contre les discrimination, l'emploi, la solidarité, la cohésion territoriale...
Alors que voulons-nous?
Dire "non" pour vouloir toujours mieux?
La Constitution est loin d'être parfaite, mais notre conception française (même pas, que dis-je, notre conception de quelques personnes de gauche) ne pourra pas s'imposer à 24 autres Etats!
C'est pourquoi l'Union s'est toujours construite sur un consensus. Et ce n'est pas un mal, car cela permet à chaque point de vue de s'exprimer.
Evidemment quand les pouvoirs européens sont essentiellement à droite, les politiques le sont aussi.
Mais ça, c'est la démocratie, à nous de convaincre nos concitoyens français et européens qu'il faut voter à gauche! De plus, honnêtement, cette Constitution n'a rien de marqué à droite et au contraire permet une politisation de l'Union et sa démocratisation (par ailleurs la vision française, belge et allemande a été largement gagnante dans l'élaboration de la Constitution)!
Ne laissons pas passer cette occasion... Cela bloquerait la construction européenne pour quelques années encore (même si le traité était -peut-être, ce dont je doute fortement- renégocié) et la rendrait sans doute plus libérale dans un autre traité, vu les clivages politiques actuels.
On a besoin de cette Europe efficace et effective maintenant.
Cordialement,

Écrit par : nicolas | lundi, 16 mai 2005

J'ai toujours été de ceux qui préfèrent avoir de multiples avis sur une question. Malgré le manque de temps, j'ai voulu me renseigner sur le texte que tu défends. La prise de parole est vachement facile pour toi qui suis des études de droit. Cependant crois-tu sincèrement que tous les citoyens pourront se faire objectivement leur avis sans suivre aveuglément la lanterne de tel ou tel spécialiste ?
Je crois que voter oui ou non ne changera absolument rien, le petit peuple continuera d'être ce qu'il est, ignoré et méprisé par la haute sphère des technocrates.
Qui pourra faire bouger quoi que ce soit ? Et avec quoi ? Avec le droit de pétition peut-être ? Attends, on n'a pas attendu que l'union nous donne le droit de pétitionner pour le faire, la vraie avancée aurait été que ce droit ait une nature contragnante pour l'Union mais bon passons.
Je crois que tu idéalises si tu crois que ce texte va changer les choses. Le fait est qu'il n'y a aucun avenir en France aujourd'hui, alors Erasmus et tout ça c'est bien joli mais si pour trouver le moindre emploi il faut tout quitter et partir à pétaouchnok pour être payé une misère, quel intérêt ?
Une vie c'est court, mais il n'empêche que ce qu'on va laisser derrière nous ne sera pas joli à voir...
Tout ce débat me semble tellement hors de propos, on s'en fout de voter oui ou non. L'homme n'est qu'une poussière dans l'univers alors arrêtons avec l'Europe et parlons de choses vraiment importantes comme le sida ou le fait que l'être humain bousille un peu plus cette superbe planète chaque jour qui passe.
Je crois que l'Europe ne sert à rien. Et puis tu sais, je vais te dire, il n'y a rien à comprendre dans ce texte et puis, la point fort ce n'est pas la Constitution en elle même, le vrai enjeu c'est que c'est la première fois qu'on demande au peuple son avis et qu'à force d'avoir fait des trucs en douce et d'avoir pris les gens pour des cons voilà ce qui se passe.

Écrit par : chevalier_bougnat | mardi, 17 mai 2005

P.S : Quand l'Union décidera que les Etats doivent s'engager à augmenter leur capacités à protéger l'environnement, quand il le protègeront vraiment au lieu de favoriser la construction de ces putains d'armes de guerre, quand l'Europe décidera que l'avenir se la planète est plus important que le fait d'augmenter les capacités militaires, là je voterai oui

Écrit par : chevalier_bougnat | mardi, 17 mai 2005

Honnêtement, je suis bien d'accord avec le fond de ton propos.
Il est clair qu'il est lamentable de jamais nous avoir informé de la construction communautaire.
Mais ce n'est pas la faute de l'Europe.
Nos gouvernants, depuis des dizaines d'années, se foutent de l'Europe et s'en servent comme bouc émissaire pour toutes ses politiques impopulaires. Jamais, ils n'ont pris le soin de nous expliquer son intérêt.
Il est aujourd'hui normal que les gens aient envie de dire "non" vu le peu qu'ils ont entendu (et en mal!) de cette Union.
Sauf que cette Union n'a pas si peu d'intérêt en réalité.
Et c'est notamment pour l'expliquer qu'il y a ce blog.
L'Europe est notre avenir et peut nous aider, en France notamment, à créer des emplois, à vivre dans un meilleur cadre.
Car ce n'est pas tout seul que l'on imposera des règles sociales, contre le dumping-social, dans le cadre des échanges de l'OMC, ni des protections pour l'environnement. Il n'est pas certain du tout que Kyoto serait passé sans l'Europe.
Ce n'est pas encore assez (très loin de là) mais en l'occurence, ce traité permet un rapprochement et une politisation de l'Union. Ce qui lui donne une vrai efficacité et effectivité comme puissance mondiale pouvant proposer des alternatives.
De même l'Union garantit (et elle aura plus de moyens avec le traité) un immense espace de paix, promeut les droits de l'homme (car on a beau dire, la Charte des droits fondamentaux reste le meilleur moyen de protection au Monde et de très très loin), constitue la première aide humanitaire et médicale (notamment avec le Sida) au Monde, permet de promouvoir des mesures environnementales face à des puissances qui n'en ont rien à faire (Etats-Unis, Chine, Russie...).
C'est à nous désormais de construire cette Europe, c'est notre avenir.
Si l'on stoppe un temps la construction européenne, l'on met un coup d'arrêt à ces espérances pendant le même temps; alors même que pour nous européens (l'emploi, la protection des droits de l'homme, la qualité de vie...) et pour l'environnement, il n'y a pas de temps à perdre...

nicolas

Écrit par : nicolas | mercredi, 18 mai 2005

Argument intéressant, et j'avoue qu'il y a deux solutions de plus. Bien. Simplement ces deux solutions simplifiées (certes) ne peuvent être proposées que par le Conseil Européen (les représentants des représentants) et jamais par le Parlement (les représentants du peuple.). Ce qui n'ajoute pas grand chose à la démocratie participative dont parle Jules plus haut.
(Enfin un endroit où l'on ne manie pas l'ironie facile et la violence verbale pour canvaincre mais où l'on parle vraiment du texte. Ca fait plaisir.)

Écrit par : CohenLeBarbare | mercredi, 18 mai 2005

En tout cas, malgré nos divergences d'opinions je voudrais te dire un grand bravo pour ton blog. Des points de vue très différents s'expriment ici mais toujours dans le respect de ceux des autres. Ca fait plaisir de voir un espace d'echanges et de discussions sain, où chacun exprime son avis mais respecte celui de l'autre.
Bravo à toi nicolas

Écrit par : chevalier_bougnat | jeudi, 19 mai 2005

Merci beaucoup,
et bravo à vous aussi, vous participez tous à ces échanges où chacun respecte l'avis de l'autre!

nicolas

Écrit par : nicolas cadène | jeudi, 19 mai 2005

Bonjour

Tout d'abord bien et bravo pour le site et la volonté d'argumenter. Si tous nos politiques avaient le même souci pédagogique, nous serions vraiment dans un autre monde. Je tiens aussi à rendre hommage à certains sites pro non comme celui d'Etienne Chouard toujours pour la même volonté d'argumenter, d'aller au fond des choses.

Préambule : je ne peux pas passer des siècles sur ce texte, je n'ai pas eu le temps de tout lire (le site est vaste, ce n'est pas un reproche mais) donc je peux faire des erreurs, désolé par avance mais j'ai envie de voter en mon ame et conscience donc j'essaye de participer un tant soit peu.

Le point bloquant pour moi est la possibilité de révision. J'ai lu tes arguments (Nicolas). OK, cela améliore un peu le traité de Nice mais cela ne me satisfait pas. On passe d'extrêmement difficile à très difficile or pour Nice, on ne m'a pas demandé mon avis alors que là on me le demande. Et l'argument "c'était déjà comme ça" ne me va plus. Ce n'est pas parce que c'était déjà avant dans les textes que je dois l'accepter de facto. On me demande d'accepter ou non ce texte pour tout ce qu'il contient, le nouveau comme l'ancien.

Je passe sur le "libéralisme" de ce texte, la faible place de l'environnement (à mon goût), etc.. tout cela n'aurait pour moi que peu d'importance si ce texte était vraiment modifiable or comme ce texte n'est pas une simple constitution mais est aussi politique, il doit donc être modifiable assez facilement. Autre exemple, sauf erreur de ma part, la constitution française (plus neutre politiquement) est modifiable si les 2/3 des 2 chambres le veut. Imaginons, si demain, 50 % + 1 voix des européens veulent une autre politique, par exemple, ne plus mettre la concurrence au centre du système, comment cette majorité fera ? Il faudra qu'il y ait 50 % + 1 voix dans chaque pays et que ces 25 gouvernements soient au pouvoir en même temps. Je ne rêve pas, le TCE sera modifiable certes en fonction du poids relatif de la gauche et de la droite mais seulement à la marge. A mon avis, le TCE bloque donc la possibilité, l'espoir d'un changement profond de politique, certes comme avant mais comme ce traité a un parfum de constitution (la dernière fois que j'ai entendu Chirac, il a parlé de constitution et la question posée au référendum parle de constitution et non de traité), comme ce traité me demande de confirmer ce blocage, comme Nice est soi disant horrible (donc non pérenne) je penche vers le non et milite pour une renégociation qui ne touche même pas l'équilibre politique du texte mais simplement permettrait une meilleure prise en compte démocratique des aspirations des citoyens européens (et même si cela doit aller vers un plus libéral si c'est vraiment la volonté d'une majorité)

Je pense que cela est jouable.

Cordialement

Écrit par : bertrandbreton | lundi, 23 mai 2005

Tes propos sont très intéressants.
Finalement ton souhait principal serait que ce texte soit révisable beaucoup plus aisément.
Et c'est bien normal.

Cependant, ton propos se base sur le fait que ce traité n'est pas une simple Constitution mais est aussi politique.

Là, je ne suis pas d'accord.
Le traité politise l'Union mais cela signifie qu'il la démocratise et en aucun cas qu'il oblige à certaines politiques.

Je maintiens le fait que ce texte n'est qu'un cadre.
Comme je l'ai écris et comme l'a écrit un camarade (http://constitution.hautetfort.com), le 29 mai on ne votera pas "pour ou contre une politique", ni "pour ou contre les politiques européennes menées jusqu'à présent", on votera simplement pour un cadre général (qui n'est certes pas qu'institutionnel - puisqu'il rappelle le marché unique qui a fondé l'Union en 1957 et qu'il consacre les droits fondamentaux en normes suprêmes de l'Union- ; mais qui reste un cadre).
Toute politique sera possible avec un tel cadre.

Comme l'a rappellé L. Jospin, dans son intervention télévisée, les ultra-libéraux ne veulent pas de cadre.
En revanche, avec la Constitution, nous avons la garantie que les politiques européennes respecteront les droits fondamentaux.
Et ce n'est pas rien comme le disent pourtant certains.

Ensuite, concernant la stricte révision du traité.
Elle n'est pas aisée, c'est vrai.
Mais il ne faut pas non plus la comparer à une révision d'une Constitution nationale, car concernant le texte européen, il concerne une union d'Etats qui gardent (et veulent garder) une certaine souveraineté (voudrions-nous que la France perde toutes ses prérogatives en matière culturelle ou sociale ?).

Il est donc difficilement envisageable au niveau européen de pouvoir modifier très aisément un cadre qui distingue prérogatives nationales et prérogatives européennes.
Il pourrait même apparaître logique que chaque Etat souhaite avoir un droit de véto pour toute modification puisque celle-ci pourrait toucher à ses prérogatives propres.

Or, (et c'est une bonne chose) ce texte permet quand même des révisions qui sont plus aisées qu'un traité traditionnel tout en étant un peu plus complexe que celle d'une révision constitutionnelle nationale.
Mais je le répète, c'est tout à fait normal car l'Europe n'est pas une nation unique et contient donc de multiples souverainetés qui souhaitent garder des prérogatives légitimes.

Les modes de révisions, bien que pas parfaits non plus, sont ni trop souples (ce qui créérait l'instabilité des institutions), ni trop rigides (ce qui bloquerait toute évolution légitime).
Cela est donc une bonne chose me semble t-il.

Et puis aussi on a bien sûr pu observer ce qui se passe depuis 20 ans : en moyenne nous avons connu un nouveau traité (amendant les précédents) tous les quatre ans en dépit de la règle de l’unanimité (acte unique, Maastricht, Amsterdam, Nice, Bruxelles) et surtout en dépit d'une augmentation constante de membres (plus on était nombreux, plus il y a eu de révisions).

Et enfin avec le traité, je rappelle simplement que dès l’entrée en vigueur du traité (en 2006) :
- le Parlement pourra faire des propositions de révision.
- La création d’une « clause passerelle » générale permettra dans les domaines de compétence qui demeurent encore à l’unanimité de passer à la majorité sans révision de l’ensemble du traité constitutionnel. Pour cela, il suffira qu’une décision soit prise par le Conseil européen à l'unanimité.
- L’utilisation des coopérations renforcées sera élargie à de nombreux domaines. Et La décision de création d’une coopération renforcée (par exemple pour coordonner à quelques uns les politiques fiscales et sociales) à 9 minimum se prendra à la majorité qualifiée. Aucun pays ne pourra y opposer un veto. Les Etats participant à une coopération renforcée dans un domaine régi par l’unanimité pourront appliquer la majorité qualifiée dans le cadre de cette coopération.
- Chaque Etat membre pourra demander le retrait de l’Union, qui ne sera soumis à aucune condition préalable (article I-60).

Voilà, j'espère répondre à ton message fort intéressant et merci pour celui-ci !

Nicolas CADENE

Écrit par : Nicolas CADENE | lundi, 23 mai 2005

Bonjour

Réponse détaillée et intéressante, merci.

Néanmoins, voici quelques remarques :
"ce texte est un cadre et est non politique" : Un texte qui propose et ou rappelle par exemple le rôle central, le fondement de la concurrence, l’indépendance de la BCE et sa préoccupation principale, la lutte contre l’inflation est forcément politique. J’appelle cela une politique de fond. Dans ce "cadre = politique de fond", je suis d'accord :des politiques (ou pour moi des courants politiques ou « sous-politiques ») différentes pourront être mises en place mais toute politique (au sens large) ne sera pas possible surtout celles nécessitant un changement du "cadre = politique de fond".
"En revanche, avec la Constitution, nous avons la garantie que les politiques européennes respecteront les droits fondamentaux" : Je préfère le terme "une chance" à la place de "la garantie" car cela dépendra de l’interprétation de la CJE et de la volonté des politiques au pouvoir. Cette nuance est plus réaliste.
Sur la révision : Tant que l’on reste dans le "cadre = politique de fond", je suis d’accord avec toi, le TCE simplifie la révision (un peu) et est donc une avancée. Mais, même dans ce cas, cela me semble tout de même insuffisant et le risque de paralysie reste très important surtout pour des gros changements. Nous sommes dans une maison commune et que chaque propriétaire d’appartement ait un droit de veto ne me semble pas bon. Exemple, si la France est la seule à soutenir l’exception culturelle, je ne trouve pas normal (et pourtant je suis favorable à cette exception culturelle) que les 24 autres pays soient obliger de supporter ce blocage. Si chaque pays fait valoir son ou ses « exceptions culturelles » probablement sur des sujets différents alors on va aller vite à l’enlisement. Je pense toujours qu’un système du type, 75 % du PE et 75% du CE aurait été un système bien meilleur, permettant une véritable évolution, bien plus visible et compréhensible par les peuples européens surtout si on veut développer des véritables solidarités et sentiments européens.
Quand à la possibilité de changer de "cadre = politique de fond", je suis peut être pessimiste mais je trouve que ce texte confirme le verrouillage. Pour illustrer ce "pessimisme", j'ai déjà entendu dans les médias des propos attribués à VGE confirmant le côté "on en prend pour 50 ans"
Et puis aussi on a bien sûr pu observer ce qui se passe depuis 20 ans : en moyenne nous avons connu un nouveau traité (amendant les précédents) tous les quatre ans en dépit de la règle de l’unanimité ...." : Certes, mais le "cadre = politique de fond" ne changeait pas, les différences « culturelles » étaient moins marquées (je pense par exemple au vécu ou non du traumatisme soviétique), l’Europe était plus généreuse, le traumatisme de la dernière guerre plus présent et enfin le vent libéral moins fort

Pour résumé : en lisant les différents avis à droite à gauche, je pense de plus en plus que le vote oui ou non tient plus de la "foi", foi non pas en l'Europe (en tous cas pour moi) mais foi en un modèle politico-économique, foi en une vision de l'Europe, foi envers des hommes politiques (là j'ai du mal avec ce qu'on a), foi liée à la conception de la démocratie, à des valeurs humaines, etc.... Si on accepte de se mettre sur ton point de vue, Nicolas (point de vue au sens observatoire et non opinion), alors oui, le TCE est plutôt blanc, je suis d'accord avec toi, et je pense qu'il faut voter oui, mais si on est sur autre point de vue (par exemple le mien), le TCE semble bien plus gris (attention, je n'ai pas dit noir) et le vote non prend un sens dans la mesure où il ne ferme pas l'espoir, du moins l'espoir de ceux qui sont sur mon point de vue (et je pense toujours à ce satané système de révision). Bien sur, il y a un risque car dire non peut nous amener à un point encore plus éloigné de mon point de vue et pire de ton point de vue mais j'accepte ce risque. L'histoire est parsemée de personnes (attention, je n'ai pas l'audace de me comparer à eux) qui ont pris un risque en se plaçant à contre courant du sentiment officiellement majoritaire et pourtant ils ont eu raison au bout du compte (et parfois tord pour être totalement honnête).
Je me dis aussi qu'un non peut ouvrir sur une crise : soit cela ne débouche sur rien et un nouveau référendum nous est proposé dans 2 ans (cela serait marrant de coupler cela avec une élection présidentielle, cela permettrait une clarification salutaire de nos chers hommes politiques) et on perd 2 ans, OK mais tu auras peut être un meilleur OUI (y compris le mien) ce qui n'est pas négligeable,
soit cela débouche sur un mieux social (soyons optimistes)
soit sur une version pire mais dans ce cas là, nous pourrons toujours refuser et cela voulait dire que nos partenaires européens ne nous aurait pas laisser dans le cadre du TCE pousser vers du plus social. Nous aurions eu de toute façon cette "guerre" interne.

Cordialement

Écrit par : bertrandbreton | mardi, 24 mai 2005

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