mercredi, 18 mai 2005

La consécration de la démagodie ou la défaite de la démocratie

La consécration de la démagogie
ou la défaite de la démocratie


nicolas Cadène


Le propos est ici de démontrer la consécration de la démagogie et la défaite de la démocratie, à travers la campagne électorale précédent le référendum français du 29 mai 2005 sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe.

Après un mépris sans borne par l’ensemble des médias, des partisans du « non » - mépris qui ne laissait aucune place à un vrai débat entre partisans du « non » et partisans du « oui » - , ces mêmes médias ont décidé unanimement, de se « rattraper ».

Ils le font de la pire des manières. Le « non » est désormais « à la mode » et ils ont profite. Le « non » est « à la mode » parce que de nombreux politiciens, syndicalistes, intellectuels de gauche et autres associations « citoyennes » se mobilisent en sa faveur.

Du coup les médias relatent et étalent ce « non » sur toutes ses coutures face à des argumentations « ouiistes » évidemment ridicules et sans ampleur. Certains journalistes parlent de « non » de gauche et de « oui » de droite alors même que le « non » est autant de droite que de gauche.

La plupart participe à une diffusion démesurée de tous les arguments du « non » pour des raisons purement mercantiles et d’audimat.
Mais jamais, je dis bien jamais, les médias n’ont au préalable vérifié de telles argumentations du « non ».
Pas de contre-expertise, pas de contradiction avec des arguments valables du « oui » ; et ce, justement pour soutenir cette mode du « non ». Finalement, les médias confirment leur conformisme au courant d’idées du moment. Ils les créent, ou du moins les soutiennent.
Mais ils ne participent plus, en aucun cas, au débat d’idées, à l’information citoyenne.

La déontologie journalistique paraît inexistante depuis quelques années, c’est aujourd’hui une certitude. Les exemples sont nombreux : le plus célèbre étant sans aucun doute le cas « Chouard » (qui n'en peut plus de se faire "mousser") dont on sait que ces arguments ne tiennent pas debout (à aucun niveau) et qui pourtant est toujours élevé en "héraut" du « non », invité sur les plateaux, ou dans les tribunes de certains hebdomadaires (dernièrement « Marianne ») ou périodiques, sans aucune contradiction valable.

Les médias ne sont pas les seuls coupables de ce déclin démocratique concernant l’information citoyenne et le débat d’idées.

Certains chefs politiques jouent du « non » à des fins électorales évidentes. Ils ne cherchent en rien à défendre leurs concitoyens, ils cherchent avant tout une résurrection électorale.

Ceux du Parti Communiste, de la LCR et de LO n’ont jamais été pour l’intégration européenne et il est donc logique qu’ils s’opposent une nouvelle fois à un traité européen. Mais pourquoi usent-ils d’arguments fallacieux et déformant la réalité ? Pourquoi joue-t-il sur la peur ? (notamment en mettant toujours en avant l'ultralibéralisme soit-disant omniprésent dans le traité et la fin des services publics français, alors que cela n'a rien à voir et que c'est tout à fait faux)

On peut même se demander si les tenants du « non » à droite n’ont pas plus de crédibilité ; car leur vision archaïque de repli franco-français illustre leurs argumentations incohérentes. Ce sont ceux qui me sont le plus éloignés politiquement et idéologiquement, mais leur position et leurs arguments n’étonnent guère et ne trompent point.

Concernant les socialistes pour le « non », ce ne sont pas les pires et leurs arguments sont assez justes. Mais certains parmi eux ne manquent pas de soutenir des mensonges alors qu’ils en connaissent la portée. Et puis l’on sait quels sont pour certains les enjeux carriériste d’une victoire du « non »…

Ensuite, il y a l’omniprésence (nouvelle) de certaines associations, comme ATTAC, qui se dit « association d’éducation citoyenne » (ce qui déjà la décrédébilise lorsque l'on connaît la composition de son bureau national) et qui cherche avant tout à tout « casser » pour arriver en « messie ».
Mais comment, elle qui avait pour but de promouvoir une société plus juste en proposant de vraies initiatives citoyennes démocratiques, peut soutenir des argumentations qui déforment la réalité du texte ?
Comment peut-elle tronquer des articles du traité pour soutenir qu’une phrase n’y est plus présente (en comparaison aux précédents) ?
Comment peut-elle diffuser à grande échelle des mensonges éhontés ? Comment peut-elle s’afficher officiellement dans des meetings avec le PC, la LCR ou LO, alors même que son action n’était pas politisée ?
Que fait Ignacio Ramonet (une référence pour moi) ?
Pourquoi ne dit-il rien, lui qui a inspiré sa création ?
Est-il d’accord de la dérive autoritaire et politicienne de l’association et du soutien que lui apporte son collègue du diplo Bernard Cassen ?

Et que fait « Acrimed » (Action critique média), grande association dénonçant les dérives médiatiques ? Elle soutien le « non » en démontrant l’omniprésence du « oui » dans les médias.
Ce que dit Acrimed est vrai, mais pourquoi son honnêteté ne va que dans un sens ?
Pourquoi ne dénonce t-elle pas la dérive purement mercantile et électoraliste de la campagne ?

Enfin, la plupart des seules grandes « institutions » de gauche qui s’opposaient au pouvoir en place pour de bonnes raisons, pour une promotion démocratique, et dans lesquelles certains comme moi avaient foi, sont aujourd’hui en train de prouver qu’elles ne sont pas mieux que les autres. De prouver qu’elles aussi jouent de la manipulation du peuple, le trompent et se servent de lui pour accéder au pouvoir – ou l’influencer directement - et imposer ses idées propres.

Une victoire du « non » dans de telles conditions serait la preuve du déclin démocratique français, de la prééminence médiatique et de la perpétuelle manipulation du peuple.





Commentaires

Le systématisme avec lequel les médias diabolisaient au départ le non à la constitution européenne est en train de créer un séisme dont les conséquences sont indéfinissables. Il est effet toujours dangereux de mépriser les idées de ses adversaires. En politique, il est encore plus risqué de prendre le peuple pour un troupeau de moutons qui va s'en aller tranquillement voter un texte parce qu'à la télé on lui à démontré qu'il était fantastique. De plus, et ce malheureusement, des préoccupations d'ordre national émergent toujours de ce genre de scrutin. L'opinion publique, minée par le chômage et les divers maux de la société trouve là un exutoire pour s'exprimer.

L'Europe est donc mal partie ? Peut-être pas, si un véritable débat à lieu sans les manigances habituelles. Il est sur que le non, affaiblirait la France au sein de l'Europe mais attention notre pays n'est pas seul en cause et qui peut prétendre que tous les autres peuples vont voter oui ?
Les médias traditionnels se sont lourdement trompés et d'ailleurs, ce blog est sans doute plus utile pour la cause qu'il défend que ces grandes émissions où le chef de l'état s'est produit.

Courage, l'Europe est une construction idéologique née de la catastrophe de la deuxième guerre mondiale. Plus les peuples se connaissent et moins ils songent à faire la guerre. La roue de l'histoire tourne vers une plus grande unité de nos différents pays et sans doute, même si le mot effraye, parleront nous un jour de fédéralisme.

Écrit par : Transleb | mercredi, 04 mai 2005

Il me semble que tu as en effet raison sur le fait que les médias se jouent des opinions des hommes politiques et des répercussions qu'elles peuvent avoir sur la population, bien que je pense que la puissance des médias est tout de même à relativiser. Je ne pense pas que des millions de Français soit à ce point crédule face à la télévision, et ils savent au contraire bien comprendre ses défauts et ses dérives.

En tant que partisan du "non" (s'ils vous plait, ne me crucifiez pas!) et en tant qu'étudiant, je souhaite souligner le fait que la télé n'a pas été ma source principale d'informations, et que c'est internet, les journaux et le texte de la Constitution qui m'ont servi à juger.

Je pense qu'un texte juridique comme le TCE peut amener à différentes interprétations de celui-ci, interprétations pouvant être encore plus antagonistes suivant la longueur du texte, et celui-ci l'est particulièrement. Ce que je vois dans ce texte, c'est qu'il intègre des textes prenant parti (la fameuse partie III si souvent citée), et que malgré qu'ils soient déjà en vigueur, ils gagneront en puissance et en légitimité si nous l'approuvons.

Je ne veux pas entrer dans le débat d'un texte trop libéral ou effectivement social, mais seulement rappeler qu'une Constitution doit nous permettre de mettre en oeuvre différentes politiques et que sont rôle n'est donc pas de définir les politiques de l'Union, qui seront les choix du peuple.

Le débat même qui nous oppose montre les ambiguités du TCE et c'est parce que je veux qu'il ne puisse pas être interpreter de mille façons, qu'il ne puisse pas freiner la démocratie, voire la bloquer que je voterais "non". Et je ne suis pas le seul en Europe à avoir cette sensation (voir http://www.democratie-socialisme.org/article.php3?id_article=570 )

Le risque est trop grand pour accepter ce genre de défauts.

Écrit par : Kilaz | jeudi, 19 mai 2005

c'est quoi exactement ce "risque trop grand" ??

Écrit par : machinchose | jeudi, 19 mai 2005

En effet Kilaz, je suis d'accord sur le fait que le Traité (je préfère ce terme à "TCE" qui signifie à l'heure actuelle Traité des Communautés Européennes) peut être interprété de différentes façons.
Mais comme demande "machinchose", quel est ce "risque trop grand" finalement ?
Et aussi, je ne crois pas que le texte soit si ambiguë.
S'il y a un tel débat à gauche (à droite c'est essentiellement pour des raisons souverainistes) c'est à mon avis car on revient à un débat récurrent :
ceux qui refusent parce qu'il n'y a pas toutes les avancées souhaitées ; ceux qui acceptent car il y en a quelques unes.
D'un côté donc, les plus utopistes (encore que je ne suis pas certain, car je le suis, mais je crois qu'en l'espèce, l'on doit penser "européen" et ne pas mépriser ceux que pensent la majorité de nos concitoyens européens de gauche), en tout cas les plus radicaux, et d'un autre côté, les plus consensuels, pragmatiques.
L'Europe, elle, est pragmatique et a toujours fonctionné sur le consensus. Cela compte.
Autre chose, ce débat à gauche a un sérieux défaut.
Il est franco-français et ne concerne pas toute la gauche européenne alors même que le texte concerne l'Europe toute entière.
La part de la gauche opposée au texte en Europe est largement minoritaire, bien plus que celle en France où elle équivalente voire majoritaire.
Pensons "européens" le 29 mai !
Ne jouant pas à nos amis insulaires qui pensent sans arrêt "britannique" !
Merci,

Écrit par : Nicolas Cadène | jeudi, 19 mai 2005

Lorsque je regarde l'Europe, je ne regarde pas les partis politiques, car en voyant les partis francais, je me rends bien compte qu'ils ne sont aucunement représentatifs de la population. Et j'ose croire que l'abstention, présente partout en Europe, a la même signification qu'en France.

Ainsi, bien que tu affirmes à juste titre que les partis socialistes européens sont pour la Constitution, j'ai la forte impression que ce débat ne peut pas être limiter à la France, bien que notre tradition jacobine nous pousse à avoir une vision différente et radicale du politique et du liberalisme. Le lien que j'ai laissé plus haut me parait d'ailleurs assez révelateur.

Je ne crois donc pas aux dirigeants européens ni à leurs partis, je crois en mes compatriotes européens dont nos épaules portent le destin. Je vote "non" pour que l'Europe n'inspire pas autant de dégoût que le fonctionnement de nos politiques nationales. Pour que ce soit aux peuples de décider s'il veulent continuer la politique faite jusqu'à présent (grâce aux institutions démocratiques européennes), et non à leurs dirigeants de décider (élus souvent avec une courte majorité des seuls votants) qui ont inséré tout ce qu'ils ont construit sans nous dans ce que nous allons construire.

Il faut bien admettre la possibilité que je sois plus réaliste qu'utopiste, et qu'en disant "non", c'est par un souci de bien faire les choses, et à cause du sentiment qu'en disant "oui", nous nous précipitons sur le premier projet, dont la portée et la signification reste flous tant les arguments, contraires et pertinents, sont avancés en surnombre.

Désolé d'avoir été si long, mais il était dur de résumer tant de sentiments et de raisons.

Écrit par : kilaz | jeudi, 19 mai 2005

On a retrouvé le mouton noir du Non !

En fait il tire un peu sur les rouges-bruns mais pas de doute, c'est bien lui !

http://planb.hautetfort.com

Écrit par : Venus | lundi, 23 mai 2005

Je crois plutôt à un simple retour des choses : depuis le début de la campagne, le "oui" était largement à l'honneur, aussi bien à la télé qu'à la radio que dans les journaux.
Les médias sont comme des charognards : une fois que le non a sérieusement concurrencé le oui, ils se sont """ralliés""" au "plus fort".
Conclusion ? Internet reste à mon sens la seule source non dirigée, en ce sens que tout citoyen y trouvera autant de sites et de partisans du non comme du oui; avec son aspect "incontrolable", le web est bien le plus sain des medias.

Écrit par : beaurough | mercredi, 25 mai 2005

Peut-être bien en effet...

Écrit par : nicolas cadène | mercredi, 25 mai 2005

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