mercredi, 20 avril 2005
Par Josep Borrell
Les chiffres sont souvent manipulables et parfois ne veulent rien dire, pour autant ceux-ci (donnés par le Président socialiste espagnol du Parlement européen, Josep Borrell, et calculés sur la base des dispositions du traité constitutionnel européen) sont très intéressants :
POIDS POLITIQUE (EN TERME DE VOIX DURANT LES VOTES POUR L'ADOPTION DES ACTES COMMUNAUTAIRES):
Dans le cadre du: Traité de Nice
Poids de la France: 9%
Poids du Couple franco-allemand: 18%
Poids de l'Europe des Six: 35.9%
Poids de ceux refusant la directive Bolkestein: 36.9%
Poids des 10 nouveaux Etats membres: 25.9%
Dans le cadre du: Traité constitutionnel:
Poids de la France: 13.4%
Poids du Couple franco-allemand: 31.4%
Poids de l'Europe des Six: 49.9%
Poids de ceux refusant la directive Bolkestein: 47.2%
Poids des 10 nouveaux Etats membres: 16.2%
Comme vous le constatez, cela s'oppose à ceux qui nous annoncent que le traité affaiblit le poids de la France et des Etats européens les plus sociaux (comme notamment les Etats fondateurs)...
Car pour répondre à certains commentaires, évidemment, ces chiffres représentent le poids politique (et non le poids économique!), c'est à dire en terme de "voix" durant les votes pour l'adoption des actes communautaires ...
Je m'explique :
D'abord en résumé :
Dans le traité de Nice, la France représente 9% des votes. Je dis bien "des votes".
Dans la Constitution, elle passe à 13,35%.
Dans le traité de Nice, les six pays fondateurs détiennent 36% des voix.
Dans la Constitution, ils pèseront 50%.
Plus détaillé :
Avec le traité de Nice, il est très facile aux petits pays de s'opposer à des décisions voulues par les grands et de constituer des minorités de blocage.
À 25, c'est la paralysie assurée.
Les règles de Nice, à la fois complexes et injustes, prévoient en effet qu'une décision est adoptée lorsqu'elle est approuvée par la moitié des Etats membres, représentant 62 % de la population de l'Union et 72,27 % des voix !
Avec ce système, il n'y a que 2,1 % des coalitions qui sont gagnantes et la pondération des voix avantage les petits pays.
La France et l'Allemagne par exemple, qui représentent ensemble près d'un tiers de la population de l'Europe, ne disposent que de 18 % des voix.
La Constitution change radicalement la donne.
Elle remplace la pondération des voix par un principe de "double majorité" : une décision sera adoptée lorsqu'elle sera soutenue par 55 % des pays, représentant 65 % de la population.
Cette nouvelle règle, simple et juste, bénéficie aux pays les plus peuplés, ce qui avantage fortement le noyau fondateur et le groupe des pays de la zone euro.
Ceux-ci disposent alors d'une majorité qualifiée presque automatique, puisqu'il leur suffit de trouver un seul allié pour l'atteindre.
Les grands pays sont également avantagés lorsqu'ils veulent bloquer une décision.
Ainsi, les trois grands pays fondateurs - France, Allemagne, Italie - n'ont besoin que d'un pays supplémentaire pour faire barrage à un projet qu'ils désapprouvent (il faut au moins quatre États pour constituer une minorité de blocage).
C'est un bouleversement complet des rapports de force au sein de l'Union notamment face à la Commission.
On peut penser à l'examen de certaines directives récentes.
Au total, le nouveau système multiplie par six le nombre de coalitions gagnantes et en change totalement la composition.
Avec Nice, ce sont les pays partisans de l'Europe zone de libre-échange qui maîtrisent le jeu.
Avec la Constitution, ce sont les partisans de l'Europe puissance et de la défense du modèle social qui sont aux commandes.
A lui seul le couple franco-allemand passe de 18 % à 31 % des voix.
Les dix nouveaux membres, eux, passent de 25,9 % à 16,2 % des voix.
Ils ne disposent plus de la minorité de blocage.
La France a tout à y gagner et aurait beaucoup à perdre si l'on en restait à Nice.
Pour la défense de ses intérêts comme pour sa vision de l'Europe.
De la part de ceux qui prônent le "non" au nom des intérêts nationaux, voir du renforcement de l'axe franco-allemand, ou d'un "premier cercle" de pays qui serait composé des pays fondateurs et de ceux la zone euro, il y a plus qu'une contradiction, une faute.
Le poids des grands pays mieux pris en compte, celui des fondateurs rendu incontournable, un fonctionnement de l'Europe plus démocratique et efficace : les nouvelles règles de majorité ne sont pas la moindre des avancées de cette Constitution.
Concernant l'influence des pays les plus peuplés (comme l'Allemagne et la France) sur la Commission européenne :
Si le traité politise l'Union en parallèle à une intégration plus poussée, et bien les partis européens pourront peut-être enfin correspondre à une certaine couleur politique plus qu'à une nation (comme ça l'est aujourd'hui).
Ensuite, si par exemple les socialistes gagnent les élections européennes, la Commission devra être socialiste.
Rappelons que la Commission ne représente que l'intérêt de l'Union (et non des Etats membres).
Or la France et l'Allemagne à eux 2 (ou avec l'Espagne, l'Italie...), vu le nombre de sièges qu'ils ont au Parlement peuvent facilement faire basculer la couleur politique du Parlement... et donc de la Commission.
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19:05 Publié dans Des chiffres percutants... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note



Commentaires
Hallucinant !!! Si ça n'est pas là précisement de la manipulation mentale !
Poids en terme de quoi ? Economique ? Mais alors sur quelles bases ? On croit rêver.
Écrit par : Gauthier | mercredi, 20 avril 2005
Il suffisait de le préciser dès le départ. Je vois que les formations dans les IEP de province sont toujours aussi médiocres.
Écrit par : Gauthier | mercredi, 20 avril 2005
J'admire votre courage et votre engagement. Je vais voter oui à ce référendum. Ce week end j'ai débattu avec mon cher père qui va voter non après avoir assister à un débat organisé par Attac. Résultat : pas grand chose puisque mes arguments n'en sont pas puisque je vote oui... D'accord. Et les personnes votant non qui vont lire votre post sur la pondération des voix vont penser la même chose : ce Mr Borrell, il est pour le oui, donc méfiance ! et ils vont se jeter sur la propagande d'Attac qui fait très fort par sa campagne d'affiche s'adressant aux soucis de chacun plutôt qu'au soucis que chacun devrait avoir de l'intérêt général... Mais qui se soucie de l'intérêt général quand le pragmatisme devient une addition de clientélisme !
Écrit par : Yves | mercredi, 20 avril 2005
Là encore (comme sur la note de décompte des mots), tu affirmes que les chiffres sont manipulables, maquillables......mais tu utilises quand même une méthode basée sur ce que tu dénonces... De même, utiliser le poids de la France dans un referendum où les partisans du "non" sont taxés d'être des opposants à l'intégration européenne, faut oser.
Écrit par : Lou Klebsous | jeudi, 21 avril 2005
petit souverainiste frileux va!
Écrit par : lou klebsou | jeudi, 21 avril 2005
Tu es d'un ridicule absolu absolu, tu te grilles toi même. nicolas n'est sûrement pas souverainiste et toi, tu veux absolument défendre une cause mais sans avancer AUCUN argument!!!
Qu'est-ce que signifie ton "faut oser", il me semble que tu devrais moins oser être aussi agressive, méprisante et inculte sur la question!
J'ai rarement vu un discours aussi énervant que le tien, nicolas t'as expliqué qu'il avait été à ATTAC, c'est évidemment pour te dire qu'il connaît leur fonctionnement et qu'il est déçu de la tournure que ça a pris! Pour ma part, c'est une tournure autoritaire! Qui plus est, il utilise les chiffres à son avantage pour montrer à quel point l'argumentation inverse d'ATTAC est malhonnête!! Concernant le poids de la France et les chiffres qui le traduise, ce n'est pas manipulable sur le coup!!
Et ne pas admettre des faits aussi évident que la logique mathématique du calcul des majorités est d'une immense bêtise (de ta part)!!!!
Peut-être que ton mépris et ton manque de respect sont dû au fait que tu es membre ou proche d'ATTAC et que tu ne l'assumes même pas ici!!!
TU ES RIDICULE ET TU NE CONTRIBUE EN RIEN A UN DEBAT DEMOCRATIQUE HONNETE, LOU!!!!!!
julien qui assume!
Écrit par : ju | jeudi, 21 avril 2005
Possible
Mais on ne vote pas pour ou contre le traité de Nice
mais pour ou contre le nouveau traité constitutionnel
Je ne pense pas que ce soit un argument valable
Écrit par : azeddine | lundi, 25 avril 2005
Nicolas compare l'état actuel de l'europe (traité de nice) à ce que ca va devenir après la constitution si les membres votent oui.
Hors un argument du nom est de dire la france va perdre de son poids dans l'europe.
Il démontre juste que politiquement parlant on aura plus de poids avec que sans la consitution c'est donc je pense parfaitement en rapport avec l'europe
Écrit par : ben | lundi, 25 avril 2005
très cher gauthier.
je trouve le commentaire :"Je vois que les formations dans les IEP de province sont toujours aussi médiocres." à part démontrer un éllitisme certain n'apporte pas grand chose au débat. Je suis heureux de découvrir que seul les grandes écoles parisiennes font preuvent d'une formation de qualité, mais à part une tentative de discrédité la partie adverse je ne vois pas en quoi ceci à rapport avec l'europe.
Écrit par : benjamin | lundi, 25 avril 2005
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